La Défense en temps de Covid-19

Beaucoup de choses ont été écrites sur la crise du coronavirus. La plupart de ces articles commencent à peu près de cette manière : « La crise du coronavirus a bouleversé nos vies ». Ou alors : « La Covid-19 et la nouvelle normalité ». Ou encore : « Le coronavirus tient le monde entier sous son emprise ». Cet article commence différemment. Il commence même complètement à l’opposé, avec l’affirmation que la Covid-19 n’a jamais compromis les tâches essentielles de la Défense. Malgré la crise, la Défense s’est assurée de pouvoir continuer à faire ce qu’elle avait à faire : assurer la continuité de ses opérations.

Les opérations de la Défense

La Vision Stratégique de la Défense a désormais quatre ans mais reste le fil conducteur de tout ce qu’elle fait. Selon ce document, l’armée belge a trois tâches principales. La première consiste à contribuer, par l’intermédiaire de l’OTAN, à la défense collective afin de défendre l’intégrité territoriale de l’alliance. La seconde est de contribuer à la sécurité collective par des opérations de gestion de crise dans un contexte multilatéral ou international et, enfin, de protéger les ressortissants belges dans le monde entier.

En bref : la participation à des opérations (à l’étranger) est le core business de la Défense. Bien sûr, la Covid-19 a eu une influence sur les opérations de la Défense, mais il ne les a jamais arrêtées.

Citons par exemple, l’opération Baltic Air Policing en Lituanie. Elle a débuté le 4 septembre 2019, bien avant l’apparition du virus, dans le but de sauvegarder l’intégrité de l’espace aérien au-dessus des États baltes. Le dernier détachement belge, composé d’une cinquantaine de militaires, a commencé sa mission fin février, juste avant le début de la crise.

Il est vite apparu que la Covid-19 risquait de mettre la mission en péril si aucune mesure n’était prise. La Défense a donc décidé d’annuler toutes les relèves de personnel et de placer le détachement en isolement. Ce fut une décision difficile, car cela signifiait que le détachement actuel devait rester plus longtemps que prévu. Mais grâce à cette décision, personne n’est tombé malade et les pilotes belges ont pu continuer à garantir chaque jour la sécurité de l’espace aérien, sans interruption.

Le même récit s’applique aux opérations belges, entre autres en Afghanistan, au Mali, en mer et sur le sol national : des ajustements ont été faits partout. Partout, des mesures ont été prises pour garantir au mieux la santé du personnel militaire. Une seule fois, une opération a dû être interrompue prématurément : lorsqu’une infection a été détectée à bord, la frégate Léopold I a dû rentrer dans son port d’attache plus tôt que prévu. Mais nulle part ailleurs, une opération ne s’est arrêtée. Pas même en Belgique, où les opérations de sécurité Vigilent Guardian et Spring Guardian se sont simplement poursuivies, avec des mesures de protection pour les militaires participants.

La Défense a toujours été en mesure de garantir la continuité de ses opérations. Chaque activité liée à une opération spécifique a été jugée essentielle, comme ce fut le cas pour les predeployment trainings, les entrainements préparatoires d’un détachement sur le départ. Fin mars, les militaires du Bataillon Libération – 5 Ligne étaient prêts à relever leurs collègues en Afghanistan.

Aide à la nation

Les opérations de la Défense ont été et sont donc garanties autant que possible. Même pendant la plus grave crise sanitaire mondiale de ces dernières décennies, la Défense était prête pour la population belge. En temps de crise, l’armée est toujours prête en tant que réserve stratégique. Il est vite devenu évident que cette réserve serait sollicitée à de nombreuses reprises lors de la crise du coronavirus.

Comme tout le personnel médical en Belgique et à l’étranger, le personnel médical de la Défense a fait des heures supplémentaires. Ils ont été déployés dans des maisons de repos et de soins dans tout le pays. Ils y ont soulagé la pression qui pesait sur les épaules du personnel et l’ont formé. Avec leurs ambulances, ils ont transporté des patients d’un hôpital à l’autre. L’Hôpital Militaire Reine Astrid a prêté des respirateurs à des hôpitaux civils. Il a livré un dispositif d’extraction d’ARN à l’Institut de médecine tropicale et il a mis sa morgue à disposition.

La Composante Terre a également déployé un certain nombre de militaires dans les centres de soins résidentiels belges. Il s’agissait entre autres de cuisiniers et d’hommes à tout faire, mais aussi d’équipes de décontamination. La Field Accomodation Unit, spécialisée dans la construction d’infrastructures temporaires, a installé divers complexes de bureaux, salles de douche et autres salles pour permettre aux gens de maintenir une distance physique. La contribution la plus importante de la Composante Terre a été apportée dans le domaine de la logistique : le quartier militaire de Peutie a été transformé en plate-forme logistique. Dans ce centre de distribution, le matériel médical acheté a été trié, stocké et distribué dans tout le pays. Cela inclut les 18 millions de masques buccaux que le gouvernement fédéral a acheté via la Défense pour chaque habitant belge.

La base navale de Sainte-Croix a été désignée par le ministre De Backer comme point de distribution officiel des équipements de protection dans la province de Flandre occidentale. Les vêtements de protection qui y arrivaient ont été contrôlés afin de détecter les défauts, puis chargés et transportés vers les utilisateurs finaux.

La Défense a fait appel à sa Composante Air pour faire ce pour quoi elle est douée : voler. Surtout au début de la crise, mais aussi plus tard, les pilotes militaires ont rapatrié en Belgique des civils européens depuis entre autres le Mali, la République démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi. Après chaque vol, l’avion était décontaminé par les spécialistes CBRN de la Composante Air.

La Défense comme assurance incendie

La Défense est parfois comparée à une assurance incendie : vous espérez ne jamais en avoir besoin, mais êtes heureux qu’elle soit là quand votre maison est en feu.

Ces derniers mois, le monde était en feu et la Défense était là pour le peuple belge. Elle a fait ce que, selon les déclarations du ministre Philippe De Backer, « personne d’autre n’aurait pu faire » : mettre en place une opération logistique d’une telle ampleur en si peu de temps. La Défense n’a en plus jamais perdu de vue son core business. Une assurance qui en vaut vraiment la peine.

En savoir plus sur l’aide de la Défense du point de vue :

Texte : Stijn Verboven